Ca me prend la tête!

Margot Turcat
Margot Turcat
Larousse
2025
Album broché de 240 pages au format 17×23,5 cm.

Margot Turcat est l’auteur de « Mon petit AVC » dont j’avais parlé il y trois ans. Sept années sont passées depuis son AVC, elle nous fait découvrir dans « Ca me prend la tête! » ce que fut son parcours de personne en situation de handicap, sa réintégration dans la société, ses déboires, ses démarches administratives.
A la fin de « Mon petit AVC », Margot quittait le service de rééducation, elle comprend que le parcours va se poursuivre car la vie ne reprend pas comme avant. La rééducation va se poursuivre encore longtemps, d’abord en hôpital de jour, le grand avantage est de dormir enfin chez soi. Les consultations spécialisées comme l’orthophonie, la kinésithérapie, la neuropsy… se poursuivent comme avant mais il faut combiner tout cela avec son quotidien familial dont son jeune garçon.
Puis l’hospitalisation de jour prend fin aussi, il faut trouver des spécialistes libéraux dont une orthophoniste, ce qui peut être une vraie galère dans certains territoires.
Parmi ses séquelles dont la principale est l’aphasie-apraxie, elle découvre qu’elle ne sait plus planifier, s’organiser sans tout noter. Ainsi repeindre l’entrée chez elle nécessite de gros efforts de concentration, de nombreuses pauses. Pendant le confinement de 2020, elle poursuit ses séances d’orthophonie en visio.
Aujourd’hui encore, hormis ses difficultés d’organisation, elle a toujours des difficultés à suivre des recettes, des tutos, faire un puzzle, écrire un courrier, lire un gros livre…
Autre souci, elle souffre de douleurs neuropathiques au niveau d’un pied, supportables mais pénibles. La recherche d’un kinésithérapeute spécialisé en neurologie n’est pas chose aisée même dans une agglomération comme Bordeaux, compliquée par des différences de remboursement sécu selon les pathologies, les zonages…Elle finit par en trouver un qui lui réapprend à synchroniser ses mouvements par différents sports.
Comme elle avait oublié la signification ne nombreux mots, elle les notait quand elle entendait un mot inconnu et cherchait sa définition. Son auto-rééducation passe aussi par les travaux, la cuisine, la couture…
Faire les démarches auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) fut semé d’embuches, longues pour obtenir sa reconnaissance de personne en situation de handicap.
Avoir un AVC c’est aussi accepter des séquelles s’il n’y a pas récupération totale comme la fatigue persistante, invalidante jamais réglée par le repos, les vacances, le sommeil. Les règles plus abondantes dues à l’anti-agrégant plaquettaire responsable in fine d’un véritable surcoût en produits de protection. Constipation, stress médical, financier, administratif, social, hyper émotivité, sont d’autres effets méconnus.
La reprise de son travail (professeur d’arts plastiques) sera lui aussi fortement perturbé par ces séquelles trois ans après l’AVC, elle recommence par corriger des copies à distance. L’absence de travail  et de lien social malgré les soins mène à la solitude.
Ce qui l’a marquée pendant ce parcours ce sont les difficultés administratives: fichiers, mails, documents papiers, trouver un VSL pour se rendre aux consultations régulières et nombreuses, les expertises humiliantes pour prolonger le congé longue maladie. Elle découvre aussi les discriminations liées à son handicap.
Reprendre une activité sera aussi un autre combat étant professeur et ayant des difficultés d’élocution, de lecture, d’organisation, d’écriture, de concentration. Mais le Centre National d’Enseignement à Distance lui apportera la solution.
Margot passe en 2022-2023 un diplôme de patient expert à la faculté de médecine de Bordeaux, à raison de 16 heures par mois et peut depuis partager avec les étudiants son expérience

Derrière l’humour, les nombreuses informations sur le handicap, Margot pointe aussi les dysfonctionnements, les incohérences, les manques de moyens dans la prise en charge de l’AVC. Témoignage précieux.

Ca me prend la tête
Copyright Turcat/Larousse
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